« L’Intelligence Economique est-elle de droite ou de gauche ? Qu'en pensent nos politiques?...» Avec Monsieur le Préfet Rémy PAUTRAT - Conférence du 15 Mars 2007
Par Elena Hagege,
mardi 18 mars 2008 à 14:25 :: Comptes Rendus de Conférences
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, remy pautrat
Le Groupe Intelligence Economique et Stratégie AAESCP-EAP
1er réseau français d’Intelligence Economique d’Ecole de Commerce
vous a présenté Jeudi 15 Mars 2007 une conférence sur le thème
« L’Intelligence Economique est-elle de droite ou de gauche ?
Qu’en pensent nos politiques ?... »
Avec la participation exceptionnelle de Monsieur le Préfet Rémy PAUTRAT
Compte Rendu intégral
Note: vous pouvez également trouver sur ce site une version résumée de la conférence avec Rémy Paulat
Propos rapportés par Eléna Hagège
Stéphane Rosenwald
Rappel des objectifs de notre groupe, qui s’est constitué il y a un peu plus d’un an et demi.
Le Groupe Intelligence Économique et Stratégie de l’association dans anciens élèves de l’ESCP-EAP a pour vocation première de permettre aux acteurs intervenants dans l’Intelligence Économique de se rencontrer, de partager leur expérience. Il a pour vocation de contribuer à développer, à notre niveau, la pratique de l’Intelligence Économique dans les entreprises en France, et participer ainsi à l’amélioration des performances de ces entreprises.
Ils souhaitent également contribuer à augmenter les connaissances globales de la communauté ESCP-EPA dans cette discipline stratégique, c’est quelque chose qui nous tient vraiment à cœur, donc on essaie de mettre en œuvre énormément de moyens justement pour faire porter le savoir sur l’Intelligence Économique dans l’ensemble de la population ESCP-EAP, et enfin assurer la présence des anciens élèves DE L’ESCP-EAP dans les différents cercle de cette discipline au développement.
Le thème de la conférence, c’est « L’Intelligence Économique est-elle de droite ou de gauche ?
Qu’en pensent nos politiques ? » et donc, M. le Préfet Rémy PAUTRAT nous fait le grand honneur de - après la première petite partie qu’on va avoir - de surfer sur ce sujet un petit peu polémique et accrocheur avec toute la compétence et tout l’humour qu’on lui connaît. Donc je suis sûr que nous allons passer une soirée absolument passionnante.
Alors, le programme de la soirée, après ce petit accueil :
Sophie Her va nous présenter son ouvrage « Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’Intelligence Économique… sans jamais rien y comprendre ». C’est un programme tout à fait ambitieux, et donc l’idée, en terme de préambule, pour laquelle nous avons souhaité inviter Sophie à présenter son ouvrage, c’est un petit peu, je rebondis sur ce que je vous ai dit précédemment, sur cet objectif qui me tient particulièrement à cœur de contribuer à notre niveau, à augmenter la connaissance de l’IE et l’adhésion à l’IE dans l’ensemble de la communauté ESCP-EAP et au-delà. Et pour nous, on a souhaité donner un petit coup de pouce, et un petit coup de projecteur, à cet ouvrage parce qu’il me semble contribuer à son niveau à procéder de la vulgarisation dans le sens noble du terme de la discipline et apporter donc une pierre à notre avis profitable à l’ensemble de cette problématique.
Ensuite, je ferai toutes les petites transitions pour passer la parole à Mr le Préfet et ensuite, si vous voulez bien, nous souhaitions vous livrer un petit exercice de débat question réponse, sachant que toutes les questions seront permises et toutes réponses aussi évidemment.
Sophie, je te passe la parole. "
Sophie Her
" Bonsoir à tous et à toutes. Je tiens à remercier évidemment l’association des anciens élèves de l’ESCP, particulièrement du groupe IES, pour nous avoir invité Jean-Luc Traineau et moi-même à présenter cet ouvrage. Donc je vous prie déjà d’excuser Jean-Luc qui n’est pas là ce soir. Cet ouvrage a été lancé en Septembre 2006, sur un constat assez simple, à savoir qu’effectivement, la politique publique de l’IE en 2005, quand nous avons eu l’idée, se mettait et on savait que la démarche allait être longue. Dans la mesure où nous participions Jean-Luc Traineau et moi-même de façon différente au milieu de l’IE, nous avons voulu pouvoir mettre à contribution notre expérience.
Jean-Luc est rédacteur indépendant, notamment pour les chambres de commerce, donc il y travaille particulièrement avec les CCI et la CFCI, et moi-même je suis une ancienne élève de l’école de guerre économique.
• Donc, ce qui nous avait poussé en fait à faire ce projet, c’était effectivement la politique publique qui se mettait en marche, les médias qui en parlaient de plus en plus sans forcément que le grand public, a faire valoir les personnes concernées : les dirigeants, les collaborateurs en entreprises et puis les formations, n’en aient forcément une bonne image. On a voulu rendre la discipline assez simple, transparente. Donc a décidé de faire ça de façon un peu ludique et d’utiliser des termes très simples.
Alors, c’est vrai qu’à l’époque, quand on avait eu le projet, les livres qui existaient été encore écrit souvent par des spécialistes pour des spécialistes et donc on avait vraiment voulu se lancer dans cette aventure.
• On a pris le pari de lancer ce livre en souscription - et je remercie encore Stéphane Rosenwald de nous donner la possibilité de présenter le livre aujourd’hui. Donc nous avons décidé de lancer ce livre en publication de compte d’auteur, et ce pour deux raisons. La première est qu’on voulait avoir une ligne éditoriale qui soit totalement indépendante de tout ce qui pouvait exister au niveau politique et au niveau des maisons d’éditions. La deuxième raison est que nous sommes partis du principe que, pour des personnes qui ne connaissent pas l’IE (ou une discipline de façon générale) il était plus facile en fait de distribuer l’ouvrage auprès des cibles concernées que d’attendre en fait que le livre meurt sur un rayon de librairie.
• La cible de l’ouvrage que je vais quand même vous montrer : les étudiants et globalement les personnes qui n’en on jamais entendu parler (les étudiants en droit, ingénieurs, des dirigeants qui n’y ont jamais été sensibilisé, des collaborateurs qui ont des dirigeants qui ont déjà été sensibilisé, et puis les organismes de formation qui peuvent s’en servir en interne). À ce titre, je tiens à remercier les chambres de commerce qui nous ont beaucoup aidées dans la démarche. Voilà la présentation du livre.
• Le titre est long, c’est vrai, mais on l’a fait exprès pour qu’il marque les esprits. Sans aucune prétention, puisque c’est un livre, vous allez voir, qui est très pédagogique.
La cible que vous voyez représente évidemment la cible de l’information que l’on cherche et que l’on trouve, et le livre a été également fait de sorte à ce qu’il puisse être manipulé en fait dans tous les sens, puisqu’on est parti du principe que dans l’information, matière première de l’IE, devait être une matière première à manipuler comme un peu la glaise du sculpteur.
• Le format est petit, carré qui est plutôt original et surtout pratique, puisqu’on l’a voulu à l’origine comme étant un tapis de souris. Malheureusement, c’était un peu grand. On l’a voulu pratique pour qu’il puisse traîner sur les bureaux de tous les collaborateurs, des étudiants, et qu’il soit facilement manipulable.
• Il est tout en noir et blanc, avec évidemment une variante de gris, tout simplement pour illustrer les trois couleurs de l’information : le noir, le gris et le blanc. Et puis un peu de rouge, car le rouge est la couleur du combat, et dans notre démarche il y a aussi cet aspect de combat pour la discipline et la vulgarisation de l’IE.
• Le fond : ce n’est pas un ouvrage qui a la prétention d’apprendre ni des méthodes, ni des techniques, mais vraiment de sensibiliser et d’éveiller les esprits pour bien faire comprendre les choses. Et puis surtout notre volonté c’était de démystifier l’IE, par rapport à tout ce qui pouvait tourner autour.
On a voulu également faire une iconographie, pour attirer et aussi pour marquer les esprits, et rendre aussi la matière ludique et illustrée d’exemples imagées.
• Le livre est composé en 4 parties :
L’IE c’est quoi ?
Toujours sans prétention en fait, on explique un peu ce qu’est l’IE, que ce soit au niveau des entreprises ou au niveau du territoire. On a voulu parler aussi de la politique publique au niveau national.
L’IE pour qui ?
Puisque évidemment l’IE existe à tous les niveaux, que se soit dans l’entreprise ou au niveau de l’Etat, que se soit les dirigeants ou les collaborateurs.
Penser et pratiquer l’IE
Puisque c’est évidemment que l’IE est avant tout un état d’esprit. Il faut le penser et le faire penser.
L’IE à porté de main
On donne quelques petites astuces et quelques précautions d’usage.
• Les titres que l’on a choisis sont ou des slogans publicitaires un peu détournés ou des proverbes. Ça a été fait pour marquer les esprits, pour que les lecteurs, les utilisateurs du livre puisse avoir des réflexes assez rapidement.
• Dans tout l’ouvrage, il y a des petites flèches, qui permettent de ramener le lecteur a une autre page du livre, parce qu’une fois de plus, on a voulu montrer le cycle du renseignement et de l’information. C’est un ouvrage qui est en mouvement.
• Voilà des exemples de pages, où on rappelle quand même que la première source de l’information c’est l’homme, avant les sources électroniques. Je travaille dedans toute la journée donc je ne peux que le confirmer !
À chaque fois, on a voulu ramener les choses à la réalité, à des choses assez simples, certainement très basiques, mais évidemment très concrètes et très réelles.
• Au niveau de la souscription in a eu quelques soutiens, même pas mal, qui nous ont permis de lancer le livre. Juste pour information, une souscription consiste à pré financer l’impression d’un ouvrage. On a eu effectivement des soutiens, que ce soit d’entreprises et de formation. Alain Juillet nous a également soutenu dans notre démarche, puisqu’il a fait une lettre de recommandation - pour lequel on le remercie - l’école de guerre économique évidemment, le magazine RIE, le magazine Entreprendre, CroissanceActualités, puis un certain nombre de magazines des chambres de commerce.
• Le livre est aujourd’hui distribué à la Fnac et dans des librairies à Lyon, et sinon il est disponible sur Internet. Vous pouvez le commander sans difficulté.
• Voilà un exemple de marque-page ; une utilisation du livre comme un objet, où on invite le lecteur à prendre possession du livre et à se servir de ce marque page comme un peu un référentiel sur ls petites astuces.
• Je vous remercie infiniment. Si vous avez des questions… je reste à votre disposition. Le livre est en vente aujourd’hui à 10 €. Un grand merci à vous.
Je passe donc la parole à Stéphane. "
Stéphane Rosenwald
• " On avait à cœur de soutenir Sophie dans cette démarche, parce qu’on la trouve très intéressante. Ça s’intègre dans une politique que l’on a de porter la connaissance de la communauté. Si vous avez des livres que vous voulez nous faire lire, et dont on pourra parler à un moment dans nos manifestations, avec grand plaisir ! à chaque fois c’est un petit peu le format qu’on va prendre : on fera une réunion du groupe IES à peu près tous les 3 mois. L’idée c’est d’avoir à chaque fois, tous les trois mois, une présentation d’ouvrage et une mise en avant des travaux d’un certain nombre de gens autour de l’IE. Donc tous les gens qui souhaitent s’inscrire dans cette démarche sont évidemment les bienvenus.
Merci encore une fois Sophie.
• Maintenant je vais me permettre de dire quelques mots avec beaucoup d’humilité vous concernant Mr le Préfet. Je voudrais juste rappeler que vous êtes vraiment un des précurseurs de l’IE en France, que vous avez en parallèle dirigé un certain nombre de services d’Etat tels que la DST et la GDN. Vous avez été à la fois défenseur et promoteur du rôle de l’Etat dans le domaine de l’IE, et du soutien qu’il devait apporter aux entreprises. Vous avez toujours eu cette position de vous battre pour une politique publique d’IE, et pour systématiquement avec en tête cette connexion avec le monde de l’entreprise, pour que les entreprises au bout du compte profitent de cette discipline, profitent de cette politique, et puissent en faire, par conséquence, profiter l’ensemble de la collectivité au très de leur prospérité.
Pour rappel, en tant que Préfet de région, depuis 96 et ensuite en tant que Préfet et évaluateur de l’action des Préfets en poste territorial, vous avez posé les bases de la politique territoriale de l’IE, qui a en autre abouti à la constitution des politiques régionales et la constitution des pôles de compétitivité.
• Il nous a semblé que vous étiez l’interlocuteur rêvé, si je puis me permettre l’expression, pour intervenir sur la problématique que nous avions a cœur de traiter ce soir.
Nous sommes confrontés à des échéances dans un futur assez proches, et par rapport à ça il y a effectivement un véritable point d’interrogation sur ce que va être le futur de cette politique d’IE en France. Après un certain nombre de démarrage, d’arrêt, de démarrages, d’arrêts, il est un fait que le rapport Carayon en 2003 a donné une impulsion plus importante et plus visible à l’ensemble de la politique et en particulier s’est traduit à travers la constitution du poste de haut responsable à l’IE, qui a été confié à Mr. Alain Juillet depuis un certain nombre de mois. C’est une création du gouvernement Raffarin. Ensuite le gouvernement mené par Mr de Villepin a confirmé la direction. Il se trouve que Monsieur Sarkozy, à plusieurs reprises, y compris ces dernières semaines, a pris un certain nombre de positions favorables à l’IE exprimant qu’il souhaitait à priori continuer l’effort. Mais pour l’instant, de manière axée, ça a plutôt été une politique de droite, donc si vous pouviez nous apporter quelques lumières pour savoir ce qu’il en serait à gauche et ce qu’il en serait au centre, nous serions extrêmement intéressés bien évidemment.
• Nous sommes très heureux que vous acceptiez de rentrer dans ce rôle pour répondre à cette question, parce que vous nous paraissiez la personne idéale : vous avez servi des Premiers Ministres de gauche et de droite, donc vous les connaissez plus. Vous connaissez très bien l’ensemble de la communauté politique française et vous avez toujours par rapport à de très nombreuses personnes, à des positions très élevées, joué un rôle d’éducateur et de sensibilisateur à la démarche donc vous êtes très à l’aise par rapport à tout cela et c’est donc avec un immense plaisir et énormément d’intérêt que nous allons vous écouter. "
Rémy Pautrat
" Écoutez, Mesdames, Monsieur, laissez-moi vous dire tout d’abord le plaisir que j’ai à me trouver parmi vous, à remercier Stéphane Rosenwald de cette invitation.
Quand on est Préfet honoraire - donc retraité - on aime bien se sentir un peu utile.
J’ai aussi grand plaisir à féliciter Sophie Her pour cet ouvrage. J’ai beaucoup de satisfaction à voir les jeunes prendre la relève, maintenant que la route est tracée, approfondir le Sillon. Je suis venu avec Eric Delbecque, secrétaire Général de l’Institut d’Étude et de Recherche pour la Sécurité des Entreprises que je préside. Lui est un spécialiste de l’IE, comme Sophie Her, qui écrit des livres, comme Sophie Her - Sophie, plus austères que le votre, mais ils sont bien quand même.
• Je ne sais pas si je vais vous inquiéter ou vous rassurer, mais je ne suis pas du tout un spécialiste de l’IE. Je pense que Sophie vous l’êtes, Eric Delbecque l’est aussi. Un certain nombre d’entre vous le sont. Je suis très modestement un homme de terrain. Mon métier était Préfet. Je l’ai exercé pendant 22 ans. Et donc j’ai été amené effectivement dans les fonctions que j’ai exercées à me trouver devant un certain nombre de réalités. Je ne sais pas si elles vont me permettre ce soir de répondre à la question que vous avez posée. En IE, c’est peut-être comme en philosophie, les questions sont plus essentielles que les réponses. Et chaque réponse est elle-même une nouvelle question, c’est ce qu’on m’apprenait en philosophie. Mais je voulais vous dire qu’au fond, moi je suis venu il y a très longtemps à cette démarche, à ce que Eric Delbecque appelle comme il faut une « culture managériale ». C’était il y a maintenant 20 ans (c’est vous dire mon grand âge) quand j’étais directeur de la surveillance du territoire. A l’époque heureusement la mission de lutte contre les sectes n’existait pas, sinon je pense qu’en effet j’aurai été probablement poursuivi avec les quelques abrutis qui s’intéressaient à cette question ; mais c’est vrai qu’on avait été frappé, moi et quelques collaborateur à la Direction Nationale du Territoire, par ce qui se passait aux Etats-Unis, très clairement. Quand j’avais l’occasion de me rendre pour mes fonctions au centre du contre-espionnage aux Etats Unis, j’avais été très frappé à l’époque de voir - ce n’est pas du tout ce que j’ai vu à la CIA - qu’il existait aux US la Small Business Administration - on en parle maintenant seulement, 20 ans après. Et c’est là, pour la première fois de ma vie, que j’ai entendu parle d’IE, c’est comme Competitive Intelligence.
C’est là que je me suis rendu compte qu’il existait aux Etats-Unis, depuis les années 53-54 un programme fédéral qui effectivement était destiné aux petites et moyennes entreprises Américaines, dont un des objets, parmi les programmes qui étaient développés, était de les former à la question de la gestion de l’information, dans un but de compétitivité (http://www.sba.gov)
Et ça, en revenant d’une mission aux Etats-Unis en 1986, j’avais fait une petite note au gouvernement, en signalant, parmi d’autres choses, l’existence de cette Small Business Administration. Alors j’ai été très surpris, agréablement, de voir il n’y a pas très longtemps que M. Duprey a reparlé de cette SBA. Quand je vois la note qui est datée d’octobre 1985, je trouve que c’est dommage qu’on n’en ait pas parlé avant ! ça m’avait impressionné qu’il y ait aux US une administration dédiée à la PME. Ce qui m’a surtout amené à entrer dans cette démarche, c’est d’abord le terrain. C’est ce que j’ai fait dans mes fonctions préfectorales - Préfet dans différents départements et différentes régions - parce que sur le terrain vous êtes évidemment en situation de contacter, de rencontrer un très grand nombre de situations et notamment des chefs d’entreprise. Et moi ce qui m’a beaucoup frappé dans le métier que je faisais, c’était, depuis maintenant 22 ans, les disparitions d’entreprise. Ça se traduisait par des drames humains -pour le chef d’entreprise, les salariés - des drames sociaux, économiques, et puis la perte de substance, de compétitivité des entreprises, ça çà allait de soit qu’elles disparaissent, et des territoires.
J’ai essayé, sans être un professionnel de ces questions, de me dire « au fond, pourquoi ? pourquoi ces entreprises disparaissent-elles ? Est-ce qu’on peut faire quelque chose pour éviter que ça se produise ? » Pas toujours. C’est lié quelques fois à l’insuffisance du manager, ça arrive aussi, mais ce n’est pas si fréquent. Et quand on interroge les chefs d’entreprise et quand on a va un petit peu plus en avant dans la connaissance de l’entreprises au moment où elle a ses difficultés, au moment même aussi où elle disparaît (j’ai connu des PME - PMI, des groupes comme Moulinex) et bien on se rend compte très souvent, en tous cas moi ça m’a beaucoup frappé, qu’il y a avait deux éléments qui intervenaient.
• Le premier élément était assurément l’absence d’anticipation. Très souvent, on se rendait compte que les chefs d’entreprise n’avaient pas vu au moment où il le fallait qu’il y avait une évolution, soit sur le marché, soit chez leurs concurrents, soit sur les technologies, soit sur un certain nombre de procédés qui auraient dû les alerter, les mettre en éveil, de façon à anticiper finalement l’évolution qui allait se passer.
Faute d’avoir évolué, ils se sont trouvés dans l’urgence. Ils ont été obligés de s’adapter. Quand on s’adapte, je ne dirai pas qu’on a perdu, mais on est pas sûr de gagner. On est même à peu près sûr de perdre, sauf si vous êtes excellent, et beaucoup d’entre eux l’étaient.
Cette première réalité là m’est apparue de façon assez évidente. Beaucoup de chefs d’entreprise n’étaient pas en mesure, soit parce qu’ils ne le savaient pas, soit parce qu’ils ne pouvaient pas, faute de temps, faute de moyens, d’interpréter un certain nombre de signaux qui auraient dû leur permettre de comprendre que l’environnement changeait, et qu’il fallait peut-être qu’au centre de leur organisation on s’intéresse d’avantage à l’information qui était disponible.
Au fond, le corollaire de ce premier constat c’est que, dans les entreprises françaises, en tous cas celles que j’approchais - j’en ai vu des centaines : j’en ai vu des petites, j’en ai vu des très grandes aussi quand j’étais directeur de la DST j’ai vu passer de très grands groupes - j’ai vu des patrons qui, du point de vu de l’IE, n’étaient pas très efficients, en information stratégique, ce n’étaient pas des vedettes ! Ils avaient à côté d’eux des gens qui s’en occupaient, mais les patrons eux-mêmes n’étaient pas forcément très très imprégnés de la réalité de l’IE. J’ai vu souvent - je ne citerai personne bien sur - les plus grands patrons, quand j’allais leur rendre visite, qui appuyaient sur le bouton en disant « mon petit Bernard, est-ce que vous pouvez venir s’il vous plait, c’est bien vous qui suivez les fronts d’IE ? Le patron lui-même n’était pas vraiment impliqués dedans. Heureusement à côté de lui il y avait des collaborateurs qui l’étaient mais lui pas. Et donc ce qui manquait dans les entreprises auxquelles je m’intéressais comme Préfet - surtout les PME-PMI - c’était au fond cette compréhension que l’information devait faire partie de la stratégie d’entreprise. Il fallait en effet apprendre, pour un chef d’entreprise, à devenir en quelque sorte une espèce de professionnel de la gestion de l’information. L’information leur est utile et ce n’est pas toujours très facile, c’est vrai, mais faute de cela, faute de mettre l’information au cœur de l’entreprise, les chefs d’entreprise eux-mêmes n’avaient pas connaissance de ce qui se passait sur leur marché, chez leurs concurrents. Leurs concurrents étaient parfois mieux informés qu’ils ne l’étaient eux-mêmes sur eux, et ils disparaissaient. Quand vous êtes Préfet, ce n’est pas une situation que vous acceptez ! Mon travail ce n’est pas d’accompagner les citoyens sur le terrain et de sortir le mouchoir dans le compassionnel quand la catastrophe est arrivée. C’est au niveau qui est le mien, avec les moyens dont l’administration de l’Etat dispose, en partenariat avec les chambres de commerce, les organisations professionnelles, les collectivités, c’était d’une part de comprendre ce qu’il s’était passé, et de mettre à la disposition des organismes professionnels les outils dont ils ont besoin pour comprendre leur environnement et pour anticiper.
• La première étape, c’est d’essayer de comprendre l’environnement dans lequel nous sommes. Aujourd’hui je ne crois pas que ça ai beaucoup changé depuis les 3 années maintenant où j’ai quitté mes fonctions préfectorales. Nous sommes maintenant dans un champ conflictuel. Il y a maintenant je crois 3 catégories de conflit.
• La France et ses Entreprises sont au cœur de trois conflits majeurs. C’est une guerre économique, on peut l’appeler comme ça. C’est une guerre de l’information. Et puis c’est une guerre pour la connaissance.
• La guerre économique - ça suscite parfois quelques réserves - ce n’est pas une guerre habituelle. Cela dit elle fait énormément de victimes, vous le savez comme moi, même mieux que moi pour ceux d’entre vous qui ont des responsabilités dans des entreprises.
Les choses ont commencé plutôt simplement. Vous le savez, je ne vais pas faire un long l’historique.
• Ça a été la compétition … je ne vais pas dire joyeuse, mais enfin, c’était la compétition qui a commencé dans les années 60 à peu près, ma génération, j’avais 20 ans à l’époque. La guerre était finie depuis 15 ans, l’effort de reconstruction lié aux dégâts terribles de la guerre mondiale était achevé, on pouvait maintenant commencer à s’occuper de la consommation. C’est l’époque où le commerce mondial a commencé à se développer, de plus en plus vite. Je crois même qu’il a cru plus vite que la richesse mondiale. Et c’est vrai que c’est impressionnant parce qu’entre 1960 et l’an 2000, ça fait 40 ans, ça paraît bien sur très long mais ce n’est pas si long que ça, le commerce mondial a été multiplié par 4 ! Quand j’avais 20 ans, 1960, le commerce extérieur représentait à peine 6% de la richesse nationale. Aujourd’hui c’est 27% à peu près. Les journées travaillées c’était à peu une journée sur deux pour les échanges internationaux. Aujourd’hui 3 entreprises sur 4 travaillent pour l’export. Les experts disent qu’en 2020, le commerce international sera à peu près l’équivalent de la richesse mondiale. C’est dire que la première phase a été une phase extrêmement stimulante, c’est le début des 30 Glorieuses c’est vrai. On est parti joyeusement dans cette compétition économique, qui était extrêmement vivifiante, surtout après les drames trop récents à l’époque qui avaient précédé.
• Et puis les jours ont un peu changés : on est passé de la compétition à l’hyper compétition. Au fur et à mesure que les marchés se sont globalisés, les marchés financiers, l’économie s’est mondialisée, évidemment les marchés sont devenus plus difficiles à conquérir. On est passé d’une société de pénurie à une société d’abondance. Et dans une société d’abondance, évidemment, les débouchés sont beaucoup plus difficiles à trouver. Pour l’offre, c’est beaucoup plus facile de placer ses produits quand il n’y a pas beaucoup de concurrents que quand il y en a. Les marchés protégés ont disparu. Les évolutions technologiques se sont faites de plus en plus rapidement, et on est entré dans un cycle qui était celui de la mondialisation où les choses devenaient plus difficiles.
• Elles deviendront de plus en plus difficiles, pourquoi ? parce que cette concurrence, qui était seine en elle-même, va être faussée. Elle va être faussée de plus en plus gravement. Comment ? Eh bien d’abord parce que ce n’est pas du tout, on s’en est rendu compte, un jeu de fair-play. Ça ne se joue pas avec des règles, comme du criquet ou du rugby, de façon fair-play. Pas du tout. On s’est rendu compte que la concurrence pouvait être faussée de différentes façons, notamment au courant à l’information. C’est vrai que l’Information c’est extraordinaire pour déstabiliser une entreprise, pour faire courir de fausses rumeurs, pour abattre l’adversaire, c’est quelque chose qu’il faut savoir gérer ! que malheureusement on ne gère pas très bien, en France. On est souvent victimes de la gestion de l’information. Et c’est vrai que ça été un moyen finalement de perturber cette concurrence. En gros, un peu tous les coups étaient permis. Vous connaissez comme moi le coup de Perrier !
Perrier ça n’a pas été très difficile à faire. Perrier, si j’ai bonne mémoire, c’était un homme de main embauché en CDD sur le site de la source, qui est payé pour mettre du benzène ou un truc comme ça dans un lot identifié destiné à l’exportation aux Etats-Unis. On exporte l’eau aux Etats-Unis. Il est signalé sans aucune difficulté à l’Administration américaine, et puis après le moment venu, il n’y a aucune difficulté à retrouver de l’eau, puis à dire « Il y a du benzène dans le Perrier ». Donc c’est extrêmement simple ! Évidemment du point de vu de la concurrence, ce n’est pas tout à fait ce dont on avait rêvé.
• Ajoutez à ça que quelque chose s’est en plus insinué dans le système : c’est l’importance croissante des services de Renseignement. Les services de Renseignement, pour avoir travaillé une dizaine d’années dans ce milieu, ont quand même un rôle de plus en plus important. Un certain nombre d’Etats adossent littéralement leurs entreprises, même des PME-PMI, pas uniquement des entreprises multinationales, à leurs services de renseignement. Ils sont chargés de collecter du renseignement confidentiel par des moyens… et simplement pour vous le rappeler mais vous le savez aussi, que la CIA - ça n’a rien de secret - consacre quand même 40% de ses ressources financières à l’espionnage économique industriel scientifique technologique et commercial ! Donc pour la CIA ce n’est pas négligeable : 40% du budget ! donc tout ceci fait que évidemment la concurrence et la compétition économique telle qu’on l’a connue dans les années 1960, puis après la compétition heureuse, la mondialisation heureuse, elle a un peu changé. On le voit tous les jours. Ils y a ce qu’on connaît et ce qu’on ne connaît pas. Et il y a malheureusement beaucoup de choses qu’on ne connaît pas.
• Et puis est arrivé un autre événement qui a été colossal du point de vue des conséquences. Qui à priori n’a pas beaucoup de rapport avec notre sujet, et qui pourtant un rapport éminemment important, c’est la deuxième mondialisation. Elle a commencé quand ? le 11 Septembre 2001. Il y a eu l’attentat terrible que vous connaissez, ce qui va amener bien sur les Etats-Unis à prendre, non pas j’allais dire à déclarer la guerre aux terroristes, mais à prendre la tête d’une croisade contre le terrorisme. Ça veut dire que dans l’ordre juridique américain va intervenir un dispositif que vous connaissez bien : USA Patriot Act. Le Patriot Act, c’est pas tellement un dispositif qui contient des mesures sécuritaires pour lutter contre le terrorisme, c’est un dispositif qui comprend des normes qui sont commerciales, économiques financières. Il y a obligation, bien entendu, pour les partenaires des Etats-Unis, en tous cas ceux qui veulent accéder aux marchés américains de se plier aux normes américaines, qui on eu comme prétexte la sécurité. Et les Américains ont très vite compris - encore une fois je n’ai vraiment rien contre les Etats-Unis, au contraire j’aime beaucoup les Américains, mais enfin c’est la réalité - ils ont très vite compris qu’il y avait là un moyen formidable de prolonger la doctrine Clinton (Shaping the world, façonner le monde) à partir précisément de la sécurité. En imposant leurs contraintes, leurs normes de sécurité et tout ce qui allait avec en matière économique et financière, ils n’ont pas laissé beaucoup de choix aux autres partenaires : ou vous vous soumettez à nos critères, ou vous ne commercez pas avec nous. Ce qui est quand même embêtant parce que même si ça se gâte un peu, c’est quand même encore la première puissance économique du monde et je pense qu’elle le restera encore quelques années. Alors effectivement dans cette économie-monde dont ils sont le centre aujourd’hui ont trouvé là un moyen formidable d’écraser toute résistance à cette économie monde dont ils assurent le leadership. Donc l’événement en tant que tel a été un bouleversement géopolitique considérable, pas seulement dans la lutte contre le terrorisme, mais aussi un moyen pour les Etats-Unis de conforter en effet leur leadership mondial en s’assurant qu’on ne viendra pas les disputer sur le terrain de l’économie monde. C’est un moyen qui du point de vu de la compétition dans la mondialisation qui a changé radicalement les choses. C’était de moins en moins le fair-play. Vous avez un État qui est au centre, qui est hyper puisant, et qui du coup, en externalisant ses propres normes, parvient à mettre l’économie mondiale en situation de forte dépendance par rapport à ses décisions.
Donc c’est une donnée qu’il faut vraiment garder toujours à l’esprit aujourd’hui, et qui conditionne beaucoup beaucoup de choses, qui devrait orienter parfois différemment les comportements. Cela dit, pour y résister, à l’échelle d’une nation ce n’est pas simple. On verra comment la Chine évoluera. Aujourd’hui, l’espace pertinent pour donner réponse adaptée à ce type d’attitude, ce serait l’espace européen. Mais on n’en est pas encore là. On n’en est pas aujourd’hui à définir une grande politique industrielle, une grande politique européenne. Donc les Etats-Unis, à partir du 11 Septembre 2001, ont utilisé en effet cette dimension sécuritaire pour élargir l’externalisation de leurs propres normes et imposer au commerce mondial leurs désirs pour garder leur leadership. Je crois que c’est vraiment une donnée qu’il faut garder présente à l’esprit.
• Le deuxième élément, auquel Sophie Her faisait tout à l’heure référence, c’est la guerre de l’information. C’est vrai que l’information, Sophie Her le disait et l’a écrit dans son livre, c’est une matière première. On a mis longtemps à s’en rendre compte, mais c’est même une matière première stratégique disait Amiral Lacoste. Et c’est vrai. On se rend bien compte que l’information aujourd’hui, pour un chef d’entreprise, c’est indispensable. Un chef d’entreprise qui n’est pas informé ne peut pas se défendre, ou très difficilement. Il ne peut pas attaque non plus. Parce que pour conquérir des marchés il faut quand même savoir un petit peu ce qui se passe sur ces marchés, ce que font les autres et comment ça évolue. Et puis on ne peut pas anticiper. Donc c’est vrai que du point de vue du mécanisme du fonctionnement de l’entreprise, cette matière première là, il faut savoir l’utiliser. Plus que ça encore, je dirais qu’aujourd’hui, on est vraiment passé à un autre seuil : on est passé de l’information comme matière première, à l’information objet de la guerre économique, et même munition. L’information est la première munition de la guerre économique. On se sert de l’info, on se bat pour de l’information, on se bat par de l’information, on se bat contre de l’information. Donc tout aujourd’hui tourne autour de cette idée du capital informationnel. Moi je voulais juste dire que j’étais dans les pôles de productivité cette année - cette année je suis, en plus de mes fonctions à l’IRIS, délégué général d’une entreprise qui s’appelle France Intelligence Innovation qui a été crée à l’initiative des pouvoirs publics, et qui a pour mission pour le ministère de l’Intérieur de traiter les problèmes de l’information dans les pôles de compétitivité. Les pôles de compétitivité en France ne pouvaient pas se faire sans l’instruction du Premier Ministre ; la silicon valley je ne pense pas qu’ils aient besoin d’un arrêté du gouverneur de Californie ou du Président des Etats-Unis, mais en France s’il n’y a pas une initiative de l’Etat qui dit « je sacralise la démarche » ça ne peux pas marcher. Donc lorsque les pôles de compétitivité ont été crées, on était quelques-uns à attirer l’attention du gouvernement sur le fait que dans aucune des circulaires faites en 2005 par le Premier Ministre, vous ne trouverez trace des mots Intelligence Economique et sécurité de l’information.
Alors qu’est-ce qui s’est passé ? Quelque chose d’extrêmement simple.
Dans les pôles de compétitivité - qui sont une excellente idée , qu’on essayait de lancer depuis quelques années, et qui sont le fer de lance de l’innovation française, de la compétitivité actuelle et future - on a des partenaires très différents. On a des très grands groupes, groupes du CAC 40, des PME-PMI, des centres de recherche, pour un grand nombre d’entre eux. Et ces gens-là, ils ont un rapport très différent à l’information. Alors on s’est trouvé dans la situation suivante :
La crise est partie des PME-PMI. Ils ont dit « On est très contents de faire partie des pôles de compétitivité, mais il n’est pas question qu’on donne notre information. Nous, notre information, on la garde pour nous, on n’a aucune confiance dans les grands groupes. Les grands groupes ont une vocation mondiale donc ils vont compromettre notre savoir faire, nos recettes de cuisine, et puis dans 3 ans, on aura des trucs qui vont s’implanter en Chine, en Bulgarie, en Roumanie, et on n’existera plus. Donc on participe, mais on ne partage pas l’information ». Ce à quoi les grands groupes ont répondu - Je ne caricature pas, ça s’est réellement passé comme ça dans une réunion que j’ai présidée à Sophia-Antipolis - donc, les grands groupes ont répondu « justement, ça tombe bien, parce que vous n’avez aucune culture de sécurité économique, donc ça nous arrangerait ».
Les troisièmes partenaires étaient les centres publics de recherche, qui ont dit « écoutez, nous on est un peu surpris de votre attitude, parce que nous pour exister, on a besoin de publier donc le secret de l’information on ne connaît pas ! Pour être reconnu dans la communauté internationale on publie, et en anglais ! donc on ne comprend pas très bien ce que vous dites ».
Le Ministère de l’Intérieur a dit qu’on allait au casse-pipe, et qu’il fallait absolument qu’on arrive maintenant à mettre tout le monde d’accord, à créer un espace de confiance, à amener les partenaires différents à comprendre que l’information dont ils disposent doit être mutualisé. Le bunker n’est pas la vocation du pôle de compétitivité, mais ça veut dire en effet qu’il faut que l’information soit sécurisée. Il faut définir des modes opératoires, des kits de bonne pratique, des chartres de sécurité économique, pour que chacun se sente capable d’apporter au pot commun de l’info et qu’ils puissent ensemble co-innover et co-produire de la richesse.
C’est ce qu’on a fait, on finit l’expérimentation. Ça fait maintenant un an qu’on a travaillé là-dessus. C’est pour vous dire que l’information - on a découvert ça dans les pôles de compétitivité - la gestion de l’information n’est pas une donnée immédiate du comportement français ! C’est une matière première qu’on ne sait pas encore tout à fait bien gérer.
• Le troisième champ dont on parlait tout à l’heure, c’est la guerre pour la connaissance.
Christian Harbulot, qui est un homme que j’aime beaucoup, qui est le patron de l’école de guerre économique (EGE), appelle ça d’une façon savante : c’est la guerre cognitive. C’est vrai que la connaissance, le savoir, ce sont les facteurs clefs de la compétitivité. C’est le nouvel ingrédient de la richesse des nations, tout le monde en est bien convaincu. C’est ce qui explique que finalement maintenant on se donne autant de mal pour acquérir de la connaissance. Pour l’acquérir, pour la prêter, pour l’utiliser dans des conditions qui soient efficaces économiquement. Parce que nous ne sommes pas dans un domaine de la philosophie de l’action ! L’IE, la gestion de l’information, ce n’est pas pour se faire plaisir, c’est pour que ça ait un résultat tangible, pour que l’économie, que l’entreprise, s’y retrouve ! Et qu’en termes de résultat, elle ait un avantage compétitif. On voit le bilan et on voit ça dans le résultat. C’est la ligne du bas de bilan, ce n’est pas fait pour se faire plaisir l’IE, c’est parce qu’on en attend un résultat. Au fond, je le disais à Stéphane Rosenwald, je n’ai jamais trouvé mieux, pour animer des conférences sur l’IE, que des patrons d’entreprises, plutôt des patrons de PME-PMI, qui en pratiquent tous les jours, et qui ont réussi à partir de cette démarche.
• Je ne sais pas si je peux raconter l’histoire de Doublet ?
SI !
C’est un souvenir d’ancien combattant comme Préfet du Nord, dans la région Nord-Pas-de-Calais. Peut-être que vous connaissez l’homme, il s’appelle Luc Doublet, il est patron d’une PME-PMI, qui fait 150 personnes, et qui est installé dans l’agglomération lilloise. Et avec Luc Doublet on avait monté un organisme qui s’appelle le Comité pour le développement en matière d’Intelligence Economique et Stratégique, avec un certain nombre d’entreprises. Et Doublais me disait « Moi Monsieur, quand je me lève tous les matins, la seule question que je me pose c’est Qui peut tuer ma boite ? Comment il va faire ? et Où il se trouve ? » Voilà un homme qui avait parfaitement intégré ce qu’était l’IE et la gestion de l’information. Luc Doublet est le leader mondial du drapeau et de l’oriflamme. Je ne sais pas si vos imaginez ce que ça représente face à la concurrence asiatique, américaine, européenne (…) d’être le leader mondial du drapeau dans la région lilloise. C’est un type fantastique. Ce gars était tout le temps en train de regarder ce qui se passait chez les concurrents, sur les marchés etc... D’ailleurs, lorsque l’union soviétique s’est effondré, il s’est rendu en union soviétique, et il a raflé pratiquement tous les stocks de drapeau. Ce qui fait qu’il les a revendus à prix d’or après parce que les Américains voulaient en acheter… C’est un type extraordinaire, qui passait son temps à chercher. Il apprenait par exemple qu’au Honduras il y avait une espèce de fibre particulière, noix de coco ou autre je n’en sais rien, qui résistait mieux à la pluie. Ce qui fait que le drapeau n’aurait pas cet espèce de d’aspect effroyable quand il est mouillé et qui fait effet de serpillière, et qu’il serait beaucoup tenu. Alors il allait là-bas voir comment ça se passait. Il passait son temps à ça, 150 salariés. Et un jour comme ça - je termine cette anecdote qui vous allez voir est très révélatrice - on avait donc, on savait qu’on allait avoir les Jeux Olympiques pour Paris en 2012 puisqu’on avait le meilleur dossier donc il n’y a pas de problème, et on savait que le Président Chirac en ferait son affaire de toutes façons, c’est ce qu’on m’avait dit. Et je croise Luc Doublet et je lui dis « _Écoutez mon ami quelle satisfaction pour les drapeaux ! vous allez en vendre des drapeaux à Paris en 2012 ! _Ah, oui, oui, c’est bien ». Bon, le temps passe, on avait le meilleur dossier mais on n’a pas eu le truc - ça c’est comme ça. Et je rencontre Doublet dans le TGV 2-3 ans après. Je lui dis « Alors monsieur le président, ce n’est pas de chance pour les drapeaux, les Jeux Olympiques… » et il me dit « Oh, vous savez, M. le Préfet, en vérité moi j’étais en éveil depuis un certain temps, et puis à peu près 8-9 mois avant j’avais ouvert une antenne à Londres. J’avais constitué une équipe britannique. Et puis d’ailleurs pour vous dire la vérité, le jour où le résultat des JO a été proclamé, à Singapour, moi j’étais à Londres avec toute mon équipe britannique. Vous savez, il faut savoir se débrouiller un peu quand même… » Je me disais que manifestement c’était un homme qui, en terme d’Intelligence Économique avait à peu près compris comment il fallait réagir. Et tenez-vous bien, à l’époque j’étais Vice Président Exécutif de la VIP, l’organisme public, nous avons proposé au gouvernement, et pas à n’importe quel niveau je peux vous le dire, d’entourer cette candidature parisienne aux JO d’un vrai programme d’influence et d’intelligence économique. Je ne dirai pas qu’on m’a foutu à la porte, parce que mon vieil age me permettait de bénéficier déjà d’un peu de considération, mais « écoutez, vos histoires de barbouzerie, ça ne nous intéresse pas. La France a un bon dossier, on va gérer ça à la loyale » et je vous dis, vraiment, le Ministre qui a terminé a dit « et de toute façon, ça se terminera par un coup de téléphone du Président de la République ». Bon. C’est marrant mais pas tellement, parce que ça montre que par rapport à l’acquisition de l’information, à la gestion de l’information, on n’est pas totalement dans le coup, en tous cas pas toujours. Souvent mais pas toujours. En tous cas cette guerre cognitive, cette guerre de la connaissance, c’est ce qui explique que depuis très longtemps, un certain nombre de partenaires, de concurrents, ont mis en place des dispositifs nationaux d’IE. Alors je ne vais pas insister, je ne sais pas si Sophie en a parlé.
• Donc c’est vrai que depuis très longtemps il existe, au Japon, aux Etats-Unis, en Grande-Bretagne, dans les pays scandinaves, vraiment non pas des dispositifs au sens où nous l’entendons - nous on a besoin de formaliser, il faut qu’il y ait un décret, qu’on nomme un haut responsable - mais il existe depuis très longtemps des pratiques de partenariat public privé qui font que l’information circule par des réseau très éprouvés entre les partenaires publics et privés, et qu’elle soit là où on en a besoin. Les services de renseignement américains d’ailleurs sont remarquables, les britanniques aussi, ils sont remarquables sur ce sujet. Le renseignement chez nous, vous avez, c’est très difficile. Utiliser du renseignement d’Etat au service d’entreprises françaises, c’est très compliqué. Moi je l’ai vécu à la DST, comme directeur de la sécurité à la GDN. Vous avez des contacts avec des grands patrons d’entreprise. Ces contacts prennent un tour curieux. Le jour où vous avez 1 renseignement, soit par une interception, soit par un moyen illégal, mais il faut qu’il soit connu, alors c’est extrêmement surprenant : vous prenez très discrètement rendez-vous avec le Président, vous vous présentez au Président, il vous reçoit dans on bureau, dans un grand silence, et puis vous montrez très rapidement le renseignement, sans le laisser bien sur, et puis vous remettez ça tout de suite dans votre poche, et vous partez avec. Je suis désolé, mais les Américains, les Britanniques, ont un système infiniment plus évolué de fondation, d’association, de trucs bizarres, qui sont tout simplement des grandes usines à blanchissement du renseignement, et donc tout ce qui vient de la CIA ou d’autres (NSA, partout) passe à travers ces mécanismes, et puis se retrouve dans les grandes entreprises, dans les petites entreprises, par tous les niveaux. Nous, c’est pas notre optique, ce n’est pas notre déontologie. Le renseignement, c’est une matière qui est suspecte, tabou. Et, comme je le disais à Stéphane Rosenwald, quand j’étais directeur de la surveillance du territoire, quelque chose qui m’a frappé. J’ai été reçu par le Président de la République, qui était Monsieur Mitterrand à l’époque. Et moi, vous savez, très bêtement, en arrivant à la DST, j’avais 45 ans, je lui dis très respectueusement « Monsieur le Président, puis-je vous demander si vous avez des directives en matière de renseignement et de contre-espionnage ? » quelle idée j’ai eu là ! « Oh, non, je n’en ai pas. J’espère que le Ministre de l’Intérieur en aura à vous donner. Je vais vous donner un conseil, ou un avis : faites-vous oublier » Donc ça montre bien comment le Président de la République - qui d’ailleurs m’avait dit qu’il n’aimait pas la maison, ni ce qu’elle avait fait autrefois - comment il percevait la présence d’un grand patron du service sécurité de ce pays. Donc un bon patron de la DST, c’est surtout un gars qui ne prend pas d’initiative, qui se fait oublier. Parce que le Renseignement est lié dans l’esprit des dirigeants politiques à des ennuis pour l’Etat. C’est un bateau qui fou le camp, c’est l’affaire Dreyfus, c’est Ben Barka… Malheureusement des tas de choses qui se passent, très positives, on n’en parle jamais, et le jour où il y a un loupé au niveau des renseignements ça fait du bruit. Mais ils finissent par être obsédés par ça, et ne voient pas tout l’aspect positif du renseignement. Ils n’ont pas compris que c’est un moyen de projection de l’Etat. C’est vraiment culturellement en France quelque chose de tragique, vraiment tragique. Alors donc il faut dire que ces dispositifs ont été mis en place depuis très longtemps dans certains pays, et c’est vrai que c’est toujours la même idée : partenariat public-privé et la mobilisation des acteurs autour de stratégie commune et de gestion ensemble de l’information.
• Alors face à ce constat, cette triple guerre - si je suis trop long vous m’arrêtez, parce que je peux parler très longtemps _ Allez-y - cette triple guerre, guerre économique, guerre de l’information, cette guerre pour la connaissance, la France comment elle se présente ? Elle était assez mal préparée. D’abord parce qu’il y a ce rapport faux à l’information. C’est-à-dire que dans notre pays, l’information n’est pas du tout une matière dans l’intérêt général, c’est un enjeu de pouvoir. Donc l’information, ça se garde. Ça ne se partage pas. Peut-être que ça peut ne servir à rien, mais ça ne fait rien, je l’ai, donc c’est pour moi un moyen d’exister. On n’a pas assez compris, notamment dans les services de l’Etat qu’il faut jouer gagnant gagnant, et que l’information qui apporte de la valeur ajoutée, c’est une information qui circule. Ça, chez nous, ce n’est pas concevable. Elle circule, j’ai envie de dire dans la nomenclatura, dans les cabinets ministériels, dans les gens qui viennent des mêmes écoles, polytechnique, ESCP, HEC, ENA, ce que vous voulez. Il faut être dans le petit noyau restreint de gens qui sont considérés comme suffisamment initiés pour avoir droit à l’information. Mais ce n’est pas là que ça se passe ! ça se passe dans le tissu économique de ce pays, c’est-à-dire dans les PME-PMI qui elles en sont terriblement dépourvues. Parce qu’il existe beaucoup de sources d’information publiques, privées, et malheureusement il y en a tellement qu’ils ne savent pas très bien s’y retrouver.
Donc le premier élément qui perturbe le système est le mauvais rapport à l’information. On a une conception totalement laconique et suicidaire de l’information. Enjeu de pouvoir.
• Deuxième point, on n’a pas cette culture de l’information, de l’intelligence économique et de la sécurité économique. Et c’est vrai que quand on regarde les choses, on se rend compte que les décideurs politiques, malheureusement, un grand nombre d’entre eux n’ont pas compris ce que représentait l’économie de la connaissance. Alors j’en ai vu quelques-uns, ça bouge, ça change, ça a changé en particulier avec Nicolas Sarkozy, ça bouge mais, mais doucement. Les grands décideurs politiques n’ont pas compris, encore une fois, ce que représentait l’économie de la connaissance. La France n’est pas encore entrée dans cette problématique, plus qu’une problématique : dans cette dynamique là. Et ça veut dire en effet qu’il y a un certain nombre de moyens dont il faut se doter pour entrer vraiment dans l’économie de la connaissance. Ça c’est le premier élément.
Deuxième élément : on n’a pas non plus, en matières de Technologies de l’Information et de la Communication, il faut être modeste, vous avez vu le classement : on est au 22ème rang ! Juste avant le Portugal sur les TIC. En matières d’information scientifique technologique économique (ISTE) on est le 11ème utilisateur de l’information ISTE ; pourtant on est un producteur de qualité, on produit d’excellent ISTE, mais on n’est pas des grands utilisateurs. Un peu comme un pays sous-développé qui a des ressources, un gisement formidable sous ses pieds, et qui ne sait pas vraiment l’utiliser. On n’a pas de culture de lobbying vraiment efficace. Moi j’ai vécu si vous voulez, un exemple personnel, au Secrétariat Général de la Défense Nationale, lorsque le Président Chirac a été élu, il y a eu la reprise, vous vous rappelez, des expériences nucléaires. Là, évidemment il y a eu un déferlement sur Internet - à l’époque c’était moins développé il y a 12 ans, mais ça existait quand même - un déferlement d’attaque des Greenpeace et autres mouvements téléguidés par les anglo-saxons, nous traitant de tous les noms d’oiseau. On proposait au gouvernement de répondre sur Internet, d’avoir des arguments de réponse. Alors le premier ministre a dit « bon ben écoutez, d’accord, allez-y » et j’ai monté l’inévitable Groupe Interministériel de réflexion sur le sujet, et on a commencé à travailler. Ecoutez, 3 semaines après, devant le constat qu’on arrivait pas à se mettre d’accord sur les termes qui devaient être utilisés dans la réponse qu’on allait mettre sur Internet pour répondre aux gens qui nous tapaient dessus, le premier ministre a trouvé que cette plaisanterie avait assez duré et a dissout le groupe. Donc on n’a jamais répondu. On a été incapables, incapables, entre le Ministère de la Défense, le Ministère de l’Industrie, le Ministère de la Recherche, le Secrétariat Général de la Défense Nationale et le Cabinet du Premier Ministre de se mettre d’accord sur les termes d’une réponse commune face aux attaques dont nous étions victimes. Il y a tellement d’exemples comme ça, tellement d’exemples. C’est assez dramatique, parce que, encore une fois, ça a des conséquences économiques, en termes de puissance, qui ne sont pas totalement négligeables.
SR : Excusez-moi de vous interrompre. Cet exemple d’il y a environ 12 ans, vous pensez que ça se reproduirait aujourd’hui ou il y a eu quand même des progrès ?
RP : Eric ?
ED : Progrès lent.
RP : ça bouge quand même, ça bouge quand même mais c’est très difficile. C’est culturel ! en plus dans les services de l’Etat c’est encore une fois… chacun considère que…, a sa vérité, ne peut pas accepter de transiger sur ce qu’on considère comme sa vérité, c’est… ou alors il faut vraiment que, sur des sujets comme celui-là, il aurait fallu même anticiper, à partir du moment où les décisions ont été prise et on a commencé les expérimentations nucléaires, il aurait fallu mettre en place tout un programme finalement d’anticipation. On a réagis, et on a réagis mal, on a été incapables de se mettre d’accord. C’était tragique, c’était comme ça. Mais ça bouge quand même, ça bouge quand même. Grâce à Alain Juillet en particulier, mais c’est lent, c’est vraiment lent.
Alors c’est vrai que, en matières de lobbying, je prends un exemple de quand j’étais Préfet de Région, dans le Nord-Pas-de-Calais, j’ai vu à Bruxelles, ou je me rendais souvent, qu’il y avait beaucoup plus de cabinets japonais que de cabinets français. On n’a pas cette culture finalement. En matière d’influence pareil ! L’influence pour nous, c’est toujours ciblé sur des postes de prestige. J’ai été très frappé à Bruxelles. Le gouvernement français demande un poste de Directeur général de truc, Secrétaire général de machin, alors que les Britanniques, les Allemands, Italiens ou autres ont investi sur les échelons intermédiaires de la hiérarchie, les chefs de bureaux. Mais c’est la phase de préparation ! Il n’y a pas un ministre qui puisse résister à un bon chef de bureau, c’est impossible ! À Bruxelles c’est pareil. Mais nous, on veut être secrétaire général de L’OCDE… dans les groupes informels de l’administration, biens souvent on n’y est pas ! ça se passe sans nous ! Or l’élaboration de la norme, tout ce qui est en amont, c’est capital ! Parce que si on n’est pas associés à la formation de la norme, on la prends en pleine figure quand elle est faite, et ça ne tient pas forcément en compte des contraintes de nos propres entreprises, notre propre industrie ! Donc on n’est pas dans ces groupes-là. Donc c’est toute une dimensions à la fois de naïveté et de pudeur qui fait qu’on n’ose pas, c’est comme le Renseignement. Pareil. Le Renseignement, c’est le Renseignement de l’Etat, donc ce n’est pas de l’utiliser pour une entreprise. Dès fois que ça serait utile, vous comprenez ! ça pourrait rapporter du profit à la France, ce serait gênant quand même ! Il y a quand même culturellement une grande différence. Vous êtes, pour un certain nombre d’entre vous, beaucoup plus jeunes que moi. Moi je suis d’une génération qui a connu ça : le faussé entre le public et le privé, c’était quasiment un faussé moral ! C’est-à-dire que l’intérêt général c’était le fonctionnaire, celui qui servait l’Etat. Les services, c’était les services de l’Etat. Donc si vous ne serviez pas l’Etat, si vous étiez un entrepreneur, vous étiez un suspect, qui faisait du profit, du bénéfice. Que l’entrepreneur, grâce au profit ou au bénéfice qu’il fait donne des salaires, que ça permette ensuite de répartir des richesse au niveau national pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion, les fonctionnaires s’en foutaient, ce n’est pas ça leur problème. « Moi je représente une tradition qui a 1000 ans d’histoire » depuis la Royauté c’est à peu près 1000 ans. Vraiment je n’exagère pas. Vous savez, j’étais dans le Nord-Pas de Calais, j’ai eu l’occasion. J’avais une petite entreprise, une centaine de personnes, qui faisait de la lingerie féminine. Bon, c’est comme ça. J’ai pris contact avec un ambassadeur d’un pays asiatique, pour lui dire « voilà, si vous pouviez recevoir ces gens, pour la lingerie, parce que ce serait bien, c’est 100 emplois… » Ecoutez, le gars je lui aurai craché à la figure ça n’aurait pas été pire ! « le métro, tout ça, on est d’accord, les airbus bien sur, les centrales nucléaires, mais enfin les petites culottes et les soutien-gorge, je suis désolé mais… ! » Et moi j’avais 100 personnes. 100 personnes, le marché m’intéressait. Parce que pour lui ce n’était pas concevable : l’homme qui servait l’Etat, il est hors de question qu’il puisse s’intéresser à ce que faisait le petit entrepreneur du Cambresi avec ses 100 bonnes femmes. On a vécu longtemps comme ça. J’espère que ça va changer, que cette culture va changer. L’intérêt général, heureusement, il n’y a pas que la fonction publique qui le porte ! L’intérêt général c’est notre bien commun, notre patrimoine commun. L’entreprise c’est l’intérêt général ! Donc il faut changer de structure. Il faut que les fonctionnaires comprennent que l’Etat ls étaient d’abord partenaires de l’entreprise. C’est capital. Si on ne comprend pas ça, c’est vrai qu’on perdra de plus en plus de parts de marché. C’est le discours que je vous tiens aujourd’hui, je l’ai toujours tenu dans ma vie professionnelle, ce qui m’a valu comme vous imaginez beaucoup d’ennuis dans ma vie professionnelle aussi, parce que ce n’est pas un discours qu’on aimait tenir dans le corps électoral, mais je suis convaincu qu’on avait tort de ne pas le tenir, et je me réjouis qu’aujourd’hui les choses changes, de voir que les collègues maintenant entrent dans cette démarche.
Bref, ceci pour vous dire que du point de vue de la France c’est vrai, on n’était pas vraiment très bien préparé. Il y avait tout cela, une mauvaise appréciation en terme de sécurité économique, une mauvaise appréciation des menaces, mauvaise appréciation des risques technologiques, financier, économiques, etc… De tout ça qu’est-ce qu’il résultait ? Et bien c’est vrai que bien souvent on identifiait mal les risques et les menaces. Les stratégies sont mal adaptées, et il y a dans certains domaines un risque de dépendance stratégique qui est tout à fait évident.
• Troisième point face au constat (premièrement des guerres et les situations conflictuelles que nous devons affronter, deuxièmement une France longtemps mal préparée à ces enjeux-là) et bien il y a quelque même des choses qui bougent. Alors maintenant, quels sont les volets sur lesquels la France est en train de bouger ? Elle est en train d développer une stratégie à 4 niveaux :
Une stratégie pour l’entreprise,
Une stratégie pour l’Etat,
Une stratégie pour les territoires, et
Une stratégie de sécurité économique et de compétitivité économique de l’innovation.
• Alors d’abord pour l’entreprise.
On a quand même compris - il a fallu longtemps ! je vous rappelle que la première fusée rouge qui a été tiré ce n’était pas Carayon, c’est Henri Martre 1985-1994. C’est le premier à avoir dit « attention, on va dans le mur ; si on prends pas plus au sérieux l’économie de l’information, la société de l’information et l’économie de la connaissance, ça va être une catastrophe !
On propose à Monsieur Balladur qui accepte, qui accepte, la création d’un organisme central sensé de s’occuper de la compétitivité et de la sécurité économique. En fait c’est un organisme qui était constitué de chefs d’entreprises, qui avait vocation à conseiller le gouvernement sur des grands enjeux en matière d’IE. Monsieur Balladur n’avait pas voulu qu’on appelle ça IE parce que ça faisait penser à Intelligence Services, il ne faut pas dire ça. Malheureusement c’était un échec total. Enjeu de pouvoir entre le Ministère des finances qui voulait s’approprier le truc, les services du Premier Ministre et GDF qui voulaient le garder, Monsieur Jospin qui disait « bon, foutez-moi la paix avec ce truc » et bon, c’est tombé. Pendant 10 ans, jusqu’au rapport Carayon, 2003, qu’est-ce qui va se passer ? Rien. Quelques expérimentations de collègues, comme Claude Guéant qui est directeur de cabinet de Nicola Sarkozy et maintenant responsable de campagne, Bernard Gérard de la région centre, moi en Normandie, Nord-pas-de-calais. On était quelques-uns à lancer des initiatives auprès des chambres de commerce, des collectivités, mais rien de construit. On a essayé de faire bouger un petit peu les choses, mais rien n’était organisé en terme de politique publique. Et puis donc il a fallu le rapport Carayon.
Et Carayon, 10 ans après, il dit qu’il ne s’est rien passé. Il ne s’est rien passé, et ça s’est plutôt aggravé. Donc maintenant, ah quand même, il y a une étude plus attentive. Reflex français : problème ? → solution : il faut nommer un délégué interministériel. Moi c’est ce que j’avais proposé. Et on offre Alain Juillet. Pas comme délégué interministériel, vous remarquerez. On l’a nommé, non pas auprès du Premier Ministre comme délégué interministériel de l’intelligence économique, mais comme haut responsable auprès du secrétaire général de la Défense nationale. Parce que là aussi il y a enjeu de pouvoir. Vous comprenez, c’était embêtant, un garçon qui venait du privé, on ne voyait pas ça d’un très bon œil, donc Alain Juillet a été nommé chargé de mission auprès du Secrétaire Général de la Défense Nationale. Ce n’est pas pareil en termes de positionnement. Vous voulez faire des arbitrages auprès du Premier ministre, quand vous êtes directement attaché à lui c’est quand même plus facile, vous avez disons la reconnaissance pour ça. Quand vous êtes au près du GDF c’est beaucoup plus compliqué. Et puis Alain, il a découvert les joies de l’administration en arrivant. Il a été reçu par le Premier Ministre et le Président « cher ami on compte sur vous, allez-y… Mais la première chose que vous devez faire c’est de trouver un bureau ! » ça ça prend plusieurs mois. Et puis quand vous avez le bureau il vous faut la secrétaire. Ça ça prend aussi des mois. Et là Alain, il a fait connaissance vraiment de ce qu’était l’administration administrante ; il s’est rendu compte en effet qu’on pouvait être nommé haut responsable de l’IE mais de perdre beaucoup de temps à chercher un bureau et une secrétaire. Puis ensuite une petite équipe qui travaille autour de vous.
Bref, Alain Juillet a été nommé, et ça c’était quand même très important, mais c’est très jeune, c’est 3 ans. Et on a mis en place un dispositif territorialisé de l’IE, avec des attributions sur la circulaire Nicolas Sarkozy 2005 avec un comité régional de l’IE (définition de sécurité, entreprise stratégique, etc…) et puis mise en place d’un programme par Nicolas Sarkozy, repris par Dominique de Villepin, de sécurité économique dans les pôles de compétitivité. Donc maintenant quand même, d’abord Carayon a réussi quelque chose, c’est vrai, et lui et Alain Juillet ont fait de l’IE une grande politique publique. Mais ce n’est pas suffisant. Il faut maintenant qu’elle essaye, et qu’elle aille de plus près dans les PME-PMI. Aujourd’hui on est encore loin que tout ça. C’est quelque chose qui reste largement parisien. Et l’emploi, il ne se crée pas à Paris : il se crée en province, près des PME-PMI parce que c’est le tissu économique de ce pays, c’est ça la vérité. Donc, premier élément une stratégie d’entreprise. Il faut en effet maintenant que nos entreprises deviennent des entreprises professionnelles de l’Information Stratégique et qu’elles aillent résolument dans cette démarche. Alors c’est vrai, vous connaissez, plus que moi d’ailleurs, les patrons de PME-PMI. Ils sont extrêmement sceptiques à l’égard de l’IE. Ils se disent « est-ce que ce n’est pas une mode ? est-ce que ce truc-là ne va pas passer ? » donc ils évitent finalement à changer la structure de la boite. Non ce n’est pas une mode. C’est une tendance lourde, même très lourde, donc il faut impérativement en effet culturellement qu’ils changent l’organisation, qu’ils modifient leur management, qu’eux même s’y impliquent directement. Mais on répondra aussi que les patrons de PME-PMI ils ont le nez dans le guidon souvent, ils n’ont pas toujours le temps pour cette démarche, donc il faut les y aider, les accompagner. D’où l’importance peut-être au départ de mettre en place des programmes d’accompagnement des PME-PMI en favorisant la création de Club d’entreprise, par pays, par produit, avec des veilleurs qui sont peut-être mutualisés, il y a des tas de choses qu’il faut imaginer. Il faut vraiment maintenant qu’on fasse entrer cette culture de l’IE dans les PME-PMI car c’est là que l’emploi se crée. Les grands groupes multi nationaux sont tout à fait indispensables au rayonnement de ce pays et sa puissance, mais ce n’est pas là que les emplois se créent. C’est dans les PME-PMI.
• Le deuxième élément, on a dit qu’il fallait une stratégie d’entreprise, et bien je crois qu’il faut aussi une stratégie pour l’Etat. Je crois que la vocation de l’Etat elle est double. L’Etat doit être stratège et doit être partenaire. Alors Stratège ça veut dire quoi ? ça veut dire que l’état c’est d’abord à mon sens un veilleur de l’avant. Ce qu’on devrait demander effectivement à l’Etat c’est d’utiliser les outils dont il dispose pour faire de la prospection, pour essayer en permanence de voir, de préparer l’avenir. Ce n’est pas possible de le prédire, mais on peut quand même le préparer. On a les moyens pour ça. Malheureusement, c’est vrai depuis fort longtemps dans notre pays, eh bien tout ce qui est prospectif a pris un sérieux coup dans l’aile. On a essayer ; peut-être que le commissariat au Plan était un organisme pas adapté, en tous cas qui avait grand mérite, il a essayé de poser quand même des problèmes à l’échéance de 15 ans ou 20 ans : « qu’est-ce qu’on va faire de la France sur le plan industriel, technologique dans 10 ans, 15 ans, 20 ans ? » on ne raisonne plus comme ça aujourd’hui. On travaille quasiment en court terme, et ça ce n’est pas possible. Donc le rôle de l’Etat c’est ça. C’est le veilleur de l’avant. C’est celui qui doit dire au Français « écoutez, moi je prépare votre avenir, j’essaye de voir comment il va se présenter. Ce n’est pas effectivement quand la catastrophe va arriver, qu’il s’agisse de Moulinex ou de l’A 380 ou de choses comme ça qu’on réagit : il faut aussi anticiper ».
Deuxième élément, il faut que l’Etat soir partenaire, ça j’y crois beaucoup. C’est une idée que j’ai vraiment défendue énormément quand j’étais Préfet. Il faut que l’Etat entre en partenariat avec l’entreprise. C’est tout à fait évident : l’Etat doit être un fournisseur d’expertise, d’information. Il y a une masse considérable d’information ouverte, blanche, grise, noire aussi, bon… il faut les traiter un petit peu pour les blanchir. Il a beaucoup de choses l’Etat, mais le problème c’est que il y a des tonnes de centres d’expertise, des centres de compétence, des pôles d’excellence pour donner l’information, il y en a trop, et on ne sait pas où s’adresser. Donc il faut que l’Etat trouve un moyen, crée des réseaux Etat-entreprise, pour irriguer en permanence le tissu économique de l’entreprise, d’une façon extrêmement réactive, de façon à ce que l’information circule.
• Le troisième élément, après la stratégie pour l’entreprise et pour l’Etat, c’est une stratégie pour les territoires.
Moi c’est quelque chose qui m’a vraiment passionné dans mes fonctions, c’est qu’en face finalement de la mondialisation, le territoire est vraiment le cœur de la substance productive. Aujourd’hui il n’y a pas beaucoup d’élément de souveraineté qui ne soient pas attaqués ! Soit pas la mondialisation, soit par la dimension européenne, or le territoire c’est la seule partie finalement qui ne soit pas attaquée en terme de souveraineté. Et c’est là qu’il faut je pense faire porter les fautes. Ça veut dire qu’il faut multiplier les réseaux locaux de compétitivité. Il faut créer des réseaux inter-entreprise, il faut créer des réseaux Etat-entreprise, il faut agréger les compétences, les informations détenues par les entreprises, par les organisations professionnelles, par les services de l’Etat, par les universités. Ce qu’il faut c’est pouvoir en permanence qu’on soit dans cette démarche-là, qu’on essaye d’élaborer des stratégies communes au développement, qu’on essaye de créer une culture commune de développement qui n’existe pas chez nous. Chacun aujourd’hui a un petit peu tendance à faire dans son coin sa propre stratégie. Il faut qu’il y ait une culture commune de développement.
C’est un élément qui aujourd’hui prend forme. Avec les pôles de compétitivité c’est typiquement ça. C’est effectivement sur un territoire donné, à partir de technologies clefs, essayer d’agréger l’ensemble des compétences.
Le dernier élément stratégique c’est celui de la sécurité économique. La sécurité économique est un élément clef de la compétitivité de l’entreprise. Il y a deux éléments qui sont importants, même essentiels aujourd’hui, c’est l’innovation économique, mais aussi la sécurité économique. L’innovation sans sécurité économique c’est une innovation qui ne peut pas être pérenne. C’est tout à fait évident. Quand on voit certains pôles de compétitivité que j’ai vu - et que je ne nommerais pas - on est un peu horrifié. Il y a un pôle qui est d’une sensibilité extrêmement importante. Et on avait demandé à ce pôle, sur lequel on faisait une expérimentation, d’avoir l’autorisation avec des moyens d’Etat d’essayer d’entrer dans le système d’information. Ils ont accepté. On a choisi 3 pôles, dont 1, alors vraiment croyez-moi, on n’a rien à leur apprendre. On est rentré par les 3 pôles. Partout, partout on a pu. Y compris dans les portables des présidents. Quand on a commencé à leur mettre sous le nez les conversations qu’ils avaient eu… On est rentré dans leurs systèmes d’information. Bon, donc si on le fait, on est quand même dans un monde de prédation, sans tomber dans la paranoïa. Il y a quand même un certain nombre de gens qui s’intéressent aux petits trésors dans les pôles de compétitivité. Si on y arrive, ils pourront arriver aussi ! Donc cette idée de sécurité, ce n’est pas seulement de la vigilance, ce n’est pas seulement de la surveillance, c’est un concept extrêmement dynamique, c’est une idée extrêmement innovante. Ça veut dire quoi ? qu’il faut se doter de grilles de lectures, de matrices comme disent les techniciens, qui permettent à la fois d’évaluer des menaces, de gérer ce qui est complexe, ce qui est incertain, aléatoire, c’est compliqué, mais c’est extrêmement intéressant, capital pur les chefs d’entreprise, et c’est très lié à l’IE elle-même : c’est de l’anticipation. Toujours la même idée : avoir un peu d’avance, ne jamais être obligé de réagir, anticiper. Et il n’y a pas d’innovation sans politique de sécurité économique. Et un pays qui n’a pas de sécurité économique, c’est un pays qui va perdre des parts de marché, qui va perdre des entreprises. Les Etats-Unis l’ont bien compris.
Quand on voit ce que les Etats-Unis ont fait à l’époque de Clinton avec le conseil de sécurité économique (le NEC, National Economic Council) on s’est dit en effet, en tous cas moi j’espère qu’il y aura en France un organisme comparable : un conseil national de sécurité qui a un volet économique. On ne peut plus vivre aujourd’hui sans cette dimension économique.
• Alors en conclusion - parce que j’ai été très long mais je pourrai l’être encore plus, mais je ne veux pas vous infliger des souffrances inutiles - je vous dirai qu’il y a trois choses qu’il faut retenir.
D’abord il y a des défis qu’il faut relever.
Puis il y a des mesures immédiates qu’il faut prendre.
Et il y a un espace pertinent qu’il faut habiller.
Les défis, ce sont ceux que je vous ai indiqué tout à l’heure : il y a en France des défis culturels à relever, des défis techniques, des défis politiques. Parce ce que c’est vrai que l’information, on en parle facilement, mais ce n’est pas facile à gérer. Les experts disent qu’elle double tous les 4 ans. Je n’ai pas vérifié, mais ça fait quand même quelque chose, donc c’est tout à fait important. Mais encore une fois on a les moyens de relever ces défis si on le veut bien. Juste une anecdote : j’ai été reçu une fois par un premier ministre, que je ne vais pas nommer - Si ! - Je le dirai après alors, je le dirai après - quand j’étais Préfet du Nord-pas-de-calais, le premier ministre avait été informé qu’il y avait un espèce d’histrion qui passait son temps à prêcher sur l’IE et qui m’avait fait l’honneur de me convoquer à Matignon, en me demandant de lui expliquer comment je voyais ça, la protection du territoire, les centres d’information, etc. Il m’a reçu, très courtoisement, il m’a écouté pendant 20-25 minutes, et puis après une demi-heure il me dit « vous savez, je suis très surpris de ce que vous me dites. Je ne pensais pas que dans le corps préfectoral vous étiez naïfs ». Vous savez, dans ces cas-là on ne sait pas trop quoi dire… s’il vous plait… expliquez-moi… « Pautrat, je comprends très bien ce que vous voulez me dire, l’information, l’économie de la connaissance, c’est tout à fait clair - surtout que c’était lui qui avait dit que la bataille du XXIème siècle serait le réveil de l’intelligence - dans notre pays, ça n’a aucune chance de marcher ! ça ne peux pas marcher ! Parce que culturellement on n’est pas branché là-dessus. On n’est pas faits pour ça. Je comprends très bien vos histoires de gestion collective de l’info, mais c’est impossible ». Je m’en souviens très bien, je l’avais écrit après, il m’avait dit « c’est irréaliste et naïf ». Je lui avais répondu que l’irréalisme et l naïveté ce n’est pas de croire que toute réforme est impossible dans ce pays, même celle de la gestion de l’information, ce qui est irréalisme et naïveté c’est de croire que la France va tenir son rôle de grande puissance dans les années qui viennent sans faire une grande politique de gestion stratégique de l’information. On s’est quitté là-dessus. Le Premier Ministre m’a raccompagné, on s’est salué assez sèchement à la porte, et je ne l’ai jamais revu. C’était Monsieur Jospin.
C’est un peu pénible, quand vous vivez ça. Vous passez pour un con ce qui n’est jamais très agréable.
• Bon les besoins immédiats : on a besoin de quoi ? on a besoin impérativement d’une vraie politique de gestion de l’information stratégique, ça c’est clair, Alain Juillet s’y emploi. Il faut aller plus loin. On a mis des moyens en œuvre. Moi ce que j’espère vraiment c’est qu’à partir du mois prochain on va aller plus fort et plus vite et plus loin, comme on dit aux JO.
Deuxième élément : créer des réseaux d’entreprise. Ça c’est tout à fait important. Dans les réseaux où j’ai servi, on a essayé de mettre en place des réseaux d’entreprise, et ça a remarquablement marché. C’est vrai que les réseaux par pays et les réseaux par produit, on a fait ça en Basse-Normandie, ça a évité à certains chefs d’entreprise, par exemple qui s’étaient implanté dans un pays, ça a évité aux autres de refaire les mêmes erreurs dans la connaissance des circuits décisionnels, de s’adresser aux bons interlocuteurs. Et ça on peut le faire. C’est vrai que ça ne se fait pas en forte concurrence, mais il y a des domaines qu’on peut partager. Créer des réseaux inter entreprise, ça ça me paraît tout à fait capital.
Développer les mécanismes d’influence. Il faut maintenant nous-même apprivoiser ces organisations qui sont les ONG en particulier, qui sont extrêmement importants, qui ont un impact considérable auprès des politiques. Il faut apprendre à entrer dans ces organismes, il faut apprendre aussi à les influencer un peu - en général c’est plutôt elles qui nous influencent. Il faut entrer là-dedans.
Dernier volet, c’est qu’il faut agir au niveau de l’espace pertinent. Et l’espace pertinent c’est l’espace européen.
Alors là il y a un sujet, dont Eric Delbecque est un spécialiste, c’est le droit. Et il a raison. Il a bien expliqué ça, et c’est pour ça que je vous recommande ses écrits (dans les journaux, il y en a un qui va paraître bientôt, je vous recommande ses écrits). Il faut que l’Etat ancre son potentiel industriel dans le droit. Et c’est ce qu’on fait les Américains. Prenez cet amendement qui permet par exemple au Président des Etats-Unis de limiter ou d’interdire l’idée de participation pour des raisons d’intérêt national, ça reste flou ! Il faut qu’on arrive à ça. Or l’Union Européenne malheureusement elle a une vraie politique de la concurrence, mais pas de vraie politique industrielle. Or il faut de grandes politiques européennes, il faut de grandes politiques industrielles, il faut de grandes politiques de l’Intelligence Economique.
Bref, voilà ce que je voulais vous dire, trop longuement bien entendu.
Moi je vous le dis encore une fois avec beaucoup d’humilité : je ne suis pas un spécialiste, je ne suis pas un professionnel, je suis un homme de terrain. Ce que je vous ai dit là, c’est ce que j’ai vécu pendant très longtemps. Maintenant heureusement il appartient à des écoles, comme la vôtre (ESCP), ou aux anciens de ces écoles de propager, et c’est le grand mérite d’ouvrages, notamment comme celui-là (= tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur l’IE sans jamais rien y comprendre) de propager cette idée que la culture managériale de l’IE et la gestion de l’information stratégique ce n’est pas superflu, c’est une donnée immédiate au comportement de l’entreprise, de l’administration, de l’ensemble des forces de ce pays.
Voilà ce que je voulais vous dire, sûrement trop longuement, et je m’en excuse auprès de vous. Merci. "



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